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CAN 2019 : Solidarité calculée autour du Cameroun

Depuis quelques mois, plusieurs pays proposent leur aide à Yaoundé pour l’organisation de la CAN, la plus grande compétition africaine de football. Nombre d’enjeux motivent cette main tendue. Décryptage.

«Notre rêve est d’inaugurer, l’année prochaine, le stade de Japoma au plus haut niveau, avec peut-être un match d’amitié qui va rassembler les stars du football du Cameroun et de la Turquie». Ainsi s’exprimait S.E. Murat Ülkü descendu sur le chantier du complexe sportif le 20 septembre 2017 à Douala. Pour un non-initié, c’est à n’y rien comprendre. «A mots voilés, l’ambassadeur de Turquie au Cameroun veut substituer aux intérêts particuliers de son pays celui du Cameroun», décrypte d’emblée Pierre-Juliot Atchoya.

Ce spécialiste de la géopolitique du sport à la Fondation Paul Ango Ela de Yaoundé fait d’ailleurs remarquer que relativement à la Can qu’accueille le Cameroun l’an prochain,  la capitale camerounaise est devenue le théâtre d’un ballet diplomatique. Face à la presse locale, le 11 janvier 2018, S.E. Medhat K. El-Meligy, ambassadeur d’Égypte au Cameroun, déclinait officiellement l’offre de son pays en matière de radiodiffusion et de télévision. Le 24 janvier 2018, c’est S.E. Ran Gidor, ambassadeur d’Israël au Cameroun, qui présentait un projet d’irrigation et d’arrosage des aires de jeu à partir d’un téléphone portable ou d’une machine reliée à un logiciel. En marge du Symposium du football féminin à Marrakech, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) a dit vouloir apporter son soutien au pays des Lions indomptables.

Déploiement de nouveaux acteurs

En dehors du Cameroun qui l’organise, la Can 2019 «improvise» une scène de déploiement de nouveaux acteurs. Parmi ceux-ci, on retrouve des États via leurs représentants. «Leur entrée est certainement l’illustration de leur nouveau positionnement mondial. C’est la façon la plus visible de montrer leur drapeau, d’être un point sur la carte du monde et d’exister aux yeux de tous», affirme Pierre-Juliot Atchoya.  De son point de vue, les candidatures de ces pays à certains scrutins internationaux servent de viatique au «soutien». Pour cela, dit le spécialiste, ces États ne lésinent sur aucun moyen. «Seulement pour la Can 2019, ils mènent aujourd’hui l’une des diplomaties les mieux pensées et les plus structurées au monde.

Raffinée et extrêmement efficace, elle touche de manière stratégique à tous les leviers possibles», ajoute-t-il. Dans ce chapitre, Zéphirin Djankou énonce la «stratégie de soft power sportif». Pour le chercheur-internationaliste, celle-ci répond à trois objectifs: «le premier, c’est d’exister sur la scène internationale. C’est un enjeu vital de visibilité pour lui. Le second est de faire rayonner son pays par une solidarité active afin  d’orienter le regard du monde sur soi, pour attirer les flux de la mondialisation et se faire connaître. Cela parce que la Can est devenue un événement global et porte des enjeux planétaires à tous niveaux».

Par Jean-René Meva’a Amougou

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