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Opération épervier : Comment des soutanes ont servi à des fugitifs

Avant le cas de l’abbé Alain Nkodo de fraîche date, de faux prêtres ont depuis été associés à la cavale de certaines personnalités soupçonnées de détournement de fonds publics.

On pensait que le copyright de l’implication ponctuelle et tonique d’un prélat dans la fuite d’une personnalité ciblée par l’Opération Épervier appartenait à l’abbé Alain Nkodo. Que non! En aidant Basile Atangana Kouna (ancien ministre de l’Eau et de l’Énergie) dont la cavale s’est arrêtée au «Command Guest House» de Bauchi au Nigéria récemment, le vicaire du sanctuaire Sacré-Cœur de Mokolo (Yaoundé II) n’a fait rééditer une pratique. Il s’agit de celle consistant à brandir la soutane comme étendard et permettre à certains « éperviables » de sortir facilement du pays.

Selon nos sources, au moins deux d’entre eux ont sollicité les services d’un «prêtre» avant de se retrouver sous d’autres cieux. Il s’agit de Jean Marie Assene Nkou et Rodrigue Nsoé Mbella. Cité dans la foireuse affaire d’acquisition d’un avion présidentiel auprès de Boeing par  l’intermédiaire de Gia International, le premier s’est servi d’un certain Jérôme Atangana pour s’envoler vers le Luxembourg via le Nigéria.

Natif de la Mefou-etAfamba (tout comme Jean Marie Assene Nkou), Jérôme Atangana, de son vivant, était très introduit dans l’archevêché de Yaoundé. «C’était un individu qui usurpait le titre d’abbé après son insuccès au grand séminaire d’Akono ; il avait curieusement des entrées au TCS et même auprès des archevêques», souligne-t-on aujourd’hui à la procure de l’archidiocèse de Yaoundé.

Un faux prêtre de l’église catholique

Abbé Alain Nkodo | Photo d’archives

En ces lieux, mention est également faite d’une enquête contre Jérôme Atangana (malheureusement abandonnée sans raison) après la fuite de Jean Marie Assene Nkou. Porté disparu alors qu’il était extrait pour l’instruction de son affaire au palais de justice de Yaoundé Centre-administratif, Yves Rodrigue Nsoé Mbella (coaccusé d’Urbain Olanguena Awono) a mis à contribution un faux prêtre de l’église catholique gallicane du Cameroun.

Nos sources confient que sur la route de son exil, cet ancien prestataire de services au ministère de la Santé publique s’est servi de «Mgr Henri Batongue», prétendument vicaire de la paroisse catholique gallicane d’Awaè-Escalier (Yaoundé). «Il n’en était rien. Juste un personnage sans scrupules,  poli comme un galet, engoncé dans une fausse soutane, entretenant des relations fondées sur l’idée qu’à travers lui, Dieu peut transformer les petits  ruisseaux de détresse en  une grosse rivière d’espérance», brosse-t-on dans les cercles des services spéciaux de la capitale.

Aujourd’hui, en fuite lui aussi, de «Mgr Henri Batongue» serait en France. Ainsi, l’arrestation de Basile Atangana Kouna et l’interpellation de l’abbé Alain Nkodo ont le mérite de préciser le cap stratégique des « éperviables fuyards ».

Les clients du TCS sont prêts à tout

En les prenant à leurs côtés pour leur servir d’épaisses cuirasses, les clients du TCS sont prêts à tout. «Dès lors que les rumeurs plus ou moins fondées commencent à circuler, ils réalisent  que leur vie est à l’état brut et que même une faible marée est susceptible de tout emporter. Semblables à un oiseau à qui on aurait coupé les ailes, ils viennent s’échouer sur les pieds de vrais ou faux prélats et utilisent le reste de leur énergie à s’y agripper. Juste parce que chez nous, même devant les services de renseignements, les ministres du culte bénéficient de certaines dérogations. Alors, à bord d’un véhicule de quelqu’un qui veut fuir les effluves de la justice, le prêtre, vrai ou faux, sert de paravent crédible», analyse Dr Berthe Tchanga.

Sur cette base, cette psychologue ne manque pas de faire le procès de l’Opération Épervier. «Parce que constituée d’un amalgame d’éléments hétéroclites les uns plus pertinents que les autres,  cette opération induit des comportements qui donnent à voir ce que ressentent ceux qui, à tort ou à raison, sont indexés», dit l’universitaire. Elle étale surtout le fait que les « fuyards » qui mettent des prélats (vrais ou faux) dans leurs équipes de cavale sont dévorés par le souci de vite « sortir » et d’échapper à la justice.

Par Jean-René Meva’a Amougou

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