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Commerce : Les produits « made in Cameroon » toujours invisible

Les entrepreneurs doivent se débrouiller pour trouver une place dans les supermarchés, les foires et les salons promotionnels.

Stéphane Kouam et Georges Ond sont deux jeunes entrepreneurs camerounais qui depuis cinq ans promeut des produits « made in Cameroon » dans le secteur de l’agroalimentaire. Depuis 2013, Stéphane produit des chips de noix de coco tandis que Georges transforme des fruits en sirop. La demande existe même si ces produits cherchent encore une visibilité dans les rayons des supermarchés et autres points de vente locaux. Stéphane Kouam raconte ses débuts : « Après les premières productions, j’ai constaté que sur le marché, le produit était assez apprécié. Il m’a fallu dix-huit mois pour avoir mon premier paquet de chips de noix de coco en main ». Ces premiers paquets de chips étaient vendus à l’entourage. Puis tour à tour, il s’est fait connaitre dans les foires tels que : « Promote » ou « Yafe ».  Georges Ond avoue lui aussi que c’est à travers ces évènements qu’ils sont visible. « Pour faire connaître mes produits, je participe à un maximum d’évènement pour affirmer mon savoir-faire » dit-il.

Difficile pour cette cliente de trouver des produits « made in Cameroon » | Photo d’illustration

Un paquet de chips de 55g est vendu à 500 F et celui de 110g coûte 1000 F. Stéphane Kouam produit à 80% de manière artisanale, soit 120 paquets par jour et une main d’œuvre de cinq personnes. Les noix de coco proviennent des marchés locaux de Yaoundé et de Kumbo dans la région du Sud-Ouest. En fonction des ingrédients et des variétés, on retrouve les goûts de chips de noix de coco : original, caramel, café, fraise et vanille. Son chiffre d’affaire est estimé à 2 millions de F.

Les sirops « Exquis » de Georges Ond présentent eux aussi plusieurs goûts : oseille nature, oseille ananas, citron, gingembre, corossol. Ils sont disponibles au Centre international de l’artisanat de Yaoundé et dans certains supermarchés. Le prix d’un litre varie de 2300 à 2500 F. Avec à sa tête, une dizaine d’employés, 150 bouteilles de sirop peuvent être produites par jour. « Ce sont les moyens qui nous limitent, nous avons même des contrats de commercialisation avec de gros clients, mais il faut de l’argent pour décupler notre production », déclare Georges Ond. En plus de cela, il a un besoin d’assistance technique.

Comment sont vendus ces produits « made in Cameroon » ?

Les foires et les salons promotionnels tels que la Foire internationale des affaires et du commerce (Fiac) sont les principaux lieux de commerce. Ce sont des évènements de ce genre qui leur permettent d’exister et de se faire connaitre étant donné que le mode de distribution dans les supermarchés locaux est un véritable casse-tête. Comme témoignent les deux entrepreneurs, c’est à travers ces foires que l’on éduque le consommateur à aimer les produits avant de l’orienter dans les rayons en cas de besoin. Même si la transaction avec les supermarchés est d’abord la première difficulté du « made in Cameroon ». Ces espaces de ventes étant plus disposés à vendre les marchandises étrangères plutôt que ceux produits sur place même quand c’est bien emballé.

Face aux multinationales, les produits locaux sont comme un grain de sel dans l’océan. « Pour que votre produit entre en supermarché, il faut payer. Pour qu’il aille dans les rayons, vous devez faire quelque chose, une fois que le produit est fini et qu’il faut commander, il faut toujours faire quelque chose. Une fois que l’on a commandé, le processus recommence », explique Stéphane Kouam. « Pour toutes ces raisons, vous livrez des marchandises et, 3 mois plus tard, vous n’êtes pas payé. Des actes qui peuvent anéantir les Pme. Si on ne vendait pas dans les foires, on ne tiendrait pas. Néanmoins, nous faisons le maximum pour être présents sur les réseaux sociaux, les sites de E-commerce et même dans les carrefours », ajoute-t-il.

La technologie locale contre l’entreprenariat.

Une autre difficulté rencontré par les Pme au Cameroun est le fait que malgré la bonne foi de l’entourage et les efforts du gouvernement, tous les facteurs sont contre l’entrepreneur. « Même l’école ne favorise pas l’entreprenariat. Le système fiscal et financier est contre l’entreprenariat. L’état de la technologie locale est contre l’entreprenariat. Lorsque vous avez un problème, il faut que vous inventiez votre solution », déclare Stéphane. Pour lui, il n’y a rien de préparé. Si par exemple, vous voulez faire un savon, il faut créer le moule, l’emballage et même le marché pour ce savon. Tandis qu’ailleurs, on dispose de statistique pour faire une étude de marché, pour définir votre part de marché et mettre sur pied des stratégies pour conquérir de nouvelle part de marché. Son collègue Georges Ond pense plutôt que : « Le made in Cameroon est freiné par la vision limitée de beaucoup d’entrepreneurs et leur patience. Beaucoup croient que c’est l’Etat qui doit tout faire. Je ne dis pas que l’Etat n’a pas son rôle à jouer. Mais il faut davantage que les entrepreneurs se mettent ensemble et acceptent rêver ».

Ainsi, le premier effort pour un entrepreneur n’est pas le financement. Il faut plutôt murir son idée. « Il faudrait que par un mécanisme législatif ou par des bonus fiscaux, intéresser les supermarchés locaux à donner de la place aux jeunes entrepreneurs ». La finance n’intervient que lorsqu’on veut développer. Autrement dit, dès lors que le réseau de distribution est suffisamment large ou dès que le niveau de production devient élevé, là on peut aller vers la finance. Avant cela, elle est dangereuse.

Par Vicky Tetga

Journaliste au Quotidien Le Jour

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