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Mancho Bibixy : Pourquoi ses compagnons et lui sont-ils maintenus en prison ?

Près de deux ans après leur arrestation dans plusieurs villes du Cameroun et leur mise en détention à la prison centrale de Kondengui, le procès de l’animateur radio et ses coaccusés piétine.

Entre réquisitoires du ministère public et plaidoiries de conseil de la défense, le sort de ces leaders anglophones accusés d’avoir conduit des mouvements d’humeur dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, se dessine en pointillé.

Photo d’archives

Procès kafkaïen ? Cela en a tout l’air. Comparer le chemin de croix des leaders anglophones devant le prétoire à la trame de fond de l’ouvrage du célèbre auteur pragois Frantz Kafka, ne serait pas une hyperbole. Bien au contraire, les similitudes entre les deux clichés sont révélatrices de la complexité de ce dossier. Le trajet entre la prison de Kondengui et le Tribunal militaire de Yaoundé est devenu un exercice banal pour Mancho Bibixy et ses six compagnons d’infortune accusés de terrorisme, hostilité contre la patrie, sécession, pillage en bande, outrage à corps constitué et aux fonctionnaires de l’Etat, dégradation de biens, assassinat, révolution, insurrection et rébellion.

Plus d’un an et demi après leur incarcération, ces hommes dont les familles portent le fardeau de l’angoisse au quotidien, restent maintenus en prison. La mise en liberté le 31 août 2017, d’une trentaine de ces manifestants pointés du doigt comme les instigateurs des mouvements de revendications qui ont secoué en décembre 2016 les deux régions anglophones du Cameroun, avait laissé croire que le célèbre animateur radio et la vingtaine d’autres prisonniers, seraient relaxés dans les semaines qui suivaient. Que non !

Mandat de mise en liberté

Photo d’archives

Leur calvaire est loin d’être terminé. Paul Biya, en prenant cette décision taxée de courageuse par ses « créatures », avait juste voulu faire baisser la pression, quelques jours avant la rentrée scolaire. D’ailleurs que la date n’était pas un hasard. En 2016, les élèves des régions anglophones n’ont pas eu de cours pendant de longs mois et le pouvoir de Yaoundé semblait vouloir éviter un scénario similaire. A preuve, depuis la relaxation de l’avocat Agbor Balla, les autres qui n’ont pas bénéficié de l’arrêt des poursuites décidé par le président de la République, croupissent à la maison d’arrêt de Kondengui, condamnés à se présenter aux innombrables et interminables audiences pour lesquels ils sont appelés à comparaître.

La dernière en date remonte à mercredi 25 avril où le dénommé Awanatuo Zacheus Kambeh a été acquitté par la Cour. Une sentence insignifiante aux yeux de ses désormais ex voisions de cellule. Le Messager a appris que le Tribunal va délivrer un mandat de mise liberté pour que celui-ci puisse quitter définitivement la Prison centrale de Yaoundé. Mancho Bibixy et les six autres manifestants, eux, ont été reconnus coupables de la majorité des actes incriminés, notamment, ceux susceptibles d’induire la peine capitale.

>> Lire aussi : Crise anglophone : Mancho Bibixy condamné à 15 ans de prison ferme

Sauver le Cameroun de la guerre civile

Au mois de mars dernier, l’animateur radio et enseignant d’histoire n’avait pas souhaité relater les évènements qui l’ont conduit derrière les barreaux. Il s’est juste contenté de déclarations semblables à un plaidoyer. « Je crois que le problème de mon pays est politique et nous avons proposé une solution politique. Nous avons été arrêtés alors que nous faisions des déclarations politiques. A un certain moment, le gouvernement a fait preuve de bonne foi en ouvrant le dialogue.

Plus tard, il a choisi d’arrêter les protestataires. Mon cœur est lourd parce que mon pays se trouve presque dans la guerre civile. Nous nous retrouvons dans ce tribunal à cause de l’échec des hommes politiques. Je demande donc à ce tribunal de trouver des solutions politiques afin de sauver notre pays de la guerre civile », avait-il déclaré en guise de défense.

Et de poursuivre, « A l’heure où nous parlons, civils et militaires s’entretuent. Nous n’avons pas besoin de toutes ces tueries avant de reprendre le dialogue. Je vous prie donc, Madame la présidente, de jouer votre rôle, d’ouvrir une voie pour permettre aux anglophones détenus de rentrer chez eux libres. Je vous promets, Madame, que nous les anglophones détenus, une fois libérés, nous allons aider le gouvernement à restaurer la paix dans tous les domaines. » Affaire à suivre !

Par Christian TCHAPMI

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