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Crise anglophone : « Les conflits armés (au Cameroun) résultent de l’intransigeance du gouvernement »

La région anglophone du sud-ouest du Cameroun est secouée depuis un an et demi par des conflits armés. Divisés entre une volonté sécessionniste et le retour à un système fédéral, les Camerounais anglophones veulent surtout plus de reconnaissance du gouvernement francophone. Marie-Cécile Pommerolle, directrice de l’Institut de recherche français en Afrique, explique à « La Croix » les origines et la radicalisation de cette crise.

La Croix : Où prennent racine les revendications du Cameroun anglophone ?

Marie-Cécile Pommerolle : Après l’indépendance du Cameroun en 1960, un système fédéral a été mis en place dans la région anglophone, ce qui donnait à cette ancienne colonie britannique une certaine autonomie. Mais progressivement, ce système a été remis en cause par les francophones, qui sont majoritaires dans le pays [80 % de la population] et qui ont toujours détenu le pouvoir dès le premier président, Ahmadou Ahidjo.

À l’issue d’un référendum en 1972, le Cameroun est passé d’un système fédéral à celui d’une République unie. Il est aujourd’hui contesté par les sécessionnistes anglophones, qui l’estiment illégitime. Petit à petit, ils se sont sentis marginalisés au sein de l’État et de l’administration, dominés par les francophones. À juste titre d’ailleurs car, même dans les zones anglophones, les représentants de l’État sont souvent francophones : sous préfets, policiers, gendarmes, enseignants etc. C’est une immense frustration pour eux.


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Comment la crise a démarré et pourquoi s’est-elle envenimée ?

M-C. P. : Au début de la crise en octobre 2016, des avocats, des juristes et des enseignants sont descendus dans la rue pour réclamer une meilleure reconnaissance du système judiciaire et du système d’enseignement de la région anglophone, spécifiques à l’ancienne tutelle britannique.

Mais en janvier 2017, le conflit s’est envenimé, résultat de la réponse intransigeante et répressive des autorités camerounaises. Le gouvernement de Paul Biya – qui brigue un 7e mandat – a, certes, fait quelques concessions, mais il a aussi rapidement arrêté les leaders des revendications. Il a également coupé Internet pendant 3 mois dans les régions anglophones. Un certain nombre d’acteurs politiques anglophones, et issus de la société civile, se sont alors radicalisés et ont pris les armes. Ils se divisent désormais entre les partisans d’un retour au fédéralisme et les partisans d’une sécession du Cameroun anglophone.


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Le gouvernement a-t-il favorisé la marginalisation des anglophones ?

M-C. P. : Cette marginalisation s’est engagée dès le référendum de 1972. Paul Biya n’a fait que suivre cette ligne. Mais au Cameroun, la politique fonctionne de toute façon par clientélisme. Ceux qui sont au pouvoir redistribuent au sein de leur propre communauté. Paul Biya vient du centre francophone et il n’a donc pas cette vision du Cameroun anglophone. Il y a pourtant des élites anglophones au sein du parti au pouvoir et dans l’administration. Le problème, c’est qu’elles sont la cible d’une grande défiance de la part des populations anglophones, qui les estiment vendues à l’État.

Comment réagi la population aux revendications anglophones ?

M-C.P : Au départ, les francophones n’étaient pas hostiles aux revendications anglophones mais, désormais, ils ont peur que le conflit s’étende. L’action répressive du gouvernement se retrouve donc en quelque sorte justifiée auprès de la population. Le pouvoir a d’ailleurs beaucoup joué sur le nationalisme, sentiment très fort chez les Camerounais. Eux ne veulent ni de sécession, ni même le retour du fédéralisme. Toute la rhétorique de Paul Biya, consiste à prôner un Cameroun uni et pacifique.

Propos recueillis par Justine Benoit

La Croix
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