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Cameroun : Une politique de prédation et d’oppression

Usé, Paul Biya n’a plus qu’une carte : se poser en seul garant de la « paix » et de la « stabilité » dans les régions anglophones et dans l’extrême Nord, meurtri par les exactions la secte djihadiste nigériane de Boko Haram.

Ses apparitions publiques, peu fréquentes, étaient devenues si rares, ces derniers temps, que son grand raout à Maroua, dans l’extrême nord du pays, dimanche, a donné lieu à d’interminables directs sur les chaînes de télévision, en campagne pour sa candidature. Le ton de la campagne de Paul Biya, candidat à sa propre succession après trente-sept ans de pouvoir, est donné : « Après moi, le chaos ! » Dans cette région meurtrie par les incursions et les exactions de la secte djihadiste nigériane Boko Haram, le dictateur camerounais s’est posé en seul garant de la « paix » et de la « stabilité », recyclant au passage un slogan de son défunt homologue gabonais, Omar Bongo : « La force de l’expérience. » Des conflits qui déchirent le pays, il entend tirer non pas le bilan, mais des ­arguments de campagne. Alors qu’un couvre-feu total était décrété, pour deux jours, dans les régions de l’Ouest anglophone, où s’affrontent toujours séparatistes et forces de sécurité, Biya promet de « manier à la fois la fermeté et le dialogue ». Le Cameroun, jure-t-il, « a surmonté le plus dur des épreuves » dans ce conflit qui a fait, en deux ans, plusieurs centaines de morts parmi les civils et 200 000 déplacés. Cette crise illustre pourtant l’échec total d’un système fondé sur la centralisation, la violence et l’accaparement des richesses du pays par le clan au pouvoir, lui-même asservi aux multinationales.


>> Lire aussi : Achille Mbembe : « Paul Biya ne tient que par la violence et les prébendes »


« Les intérêts français ont déterminé la mise en place de ce chef d’État »

Loïk Le Floch-Prigent, l’ex-patron d’Elf, n’a-t-il pas parfaitement défini le rôle assigné au président camerounais ? « Les intérêts français ont déterminé la mise en place de ce chef d’État comme dans plusieurs autres ex-colonies. Le président Biya ne prend le pouvoir qu’avec le soutien d’Elf pour contenir la communauté anglophone de ce pays », expliquait-il le plus cyniquement du monde, en 1996. Vieux pilier de la Françafrique, Paul Biya appartient à cette génération d’autocrates et d’affairistes qui n’ont jamais hésité à sacrifier les intérêts de leur peuple à ceux de l’ex-puissance coloniale. Dans le cas du Cameroun, cette politique de prédation et d’oppression a pris corps dans l’abîme d’une sale guerre coloniale qui n’a jamais dit son nom et qui fait toujours l’objet d’un pacte de silence et d’oubli entre Paris et Yaoundé… Avec une société civile fragilisée par la répression et une opposition aussi désorientée qu’éclatée, l’issue de la farce électorale de ce 7 octobre ne fait guère de doute. Mais la reconduction de Paul Biya ne suffira plus à désamorcer des tensions sociales et politiques qui s’expriment bien au-delà des zones de conflit.

Par Rosa Moussaoui

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