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Paul Biya : quelles ambitions pour ce nouveau septennat ?

Entre l’urgence d’accélérer la croissance économique du Cameroun et le combat pour la sauvegarde de la paix et de l’unité nationale, le président réélu est dos au mur.

Paul Biya a été réélu pour la septième fois comme président de la République du Cameroun avec 71,28% de voix, le 07 octobre dernier. Il conserve donc les rênes d’un pays qu’il gouverne sans discontinuer depuis le 06 novembre 1982, et dont l’état des lieux est loin d’être reluisant malgré les engagements sans cesse renouvelés depuis l’élection présidentielle de 1992camer.be. Il y a certes eu, davantage au cours du dernier septennat, des investissements en infrastructures significatifs dans des domaines aussi variés que l’énergie, l’eau, les télécommunications, les transports, etc. Mais, leur impact au plan socio-économique reste démesurément faible.


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Une étude publiée il y a deux ans par la coordination locale du système des Nations unies révèle que plus de 37% des habitants du Cameroun, soit plus de 8 millions de personnes, vivent toujours sous le seuil de pauvreté (avec moins de 1,90 dollars par jour, environ 1000 Fcfa). La quatrième Enquête camerounaise auprès des ménages (Ecam 4) réalisée par l’Institut national de la statistique (Ins) et publiée l’an dernier, elle, établit qu’entre 2001 et 2014, l’incidence de la pauvreté n’a reculé que de 2,7 points, passant de 40,2% à 37,5%. « Selon l’approche subjective, qui reflète la perception que chaque individu a de sa propre situation comparativement aux autres, 56,8% de chefs de ménage se considèrent pauvres ou très pauvres », note l’enquête. Qui attire l’attention sur « l’aggravation des inégalités qui, en atténuant l’impact de la croissance économique, traduit les efforts à déployer pour que les mesures de réduction déjà engagées ou envisagées profitent prioritairement aux populations pauvres ou vulnérables ».

Dépenses de sécurité

Autre domaine névralgique faiblement impacté par les projets structurants du gouvernement, c’est celui de l’emploi. Des statistiques du Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam), qui datent de 2015, font état de ce que sur 10,3 millions d’actifs au Cameroun, seulement 9,5 % (plus d’un million de jeunes diplômés) sont employés dans le secteur formel, 3,7% dans le secteur formel privé et 25,8% dans le secteur formel public. L’une des raisons fondamentales de cet état de fait, c’est que le gouvernement fait appel à l’expertise étrangère pour la réalisation de ses projets d’infrastructures, car ne disposant pas d’une main d’œuvre domestique suffisante. La réélection de Paul Biya intervient à quelques mois de la fin de la mise en œuvre du Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (Dsce). L’information claire et nette.


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Ce document censé servir de boussole de l’action gouvernementale entre 2010-2020, tablait sur une croissance du Pib d’au moins 10% à son échéance. Mais en l’état actuel des choses, le Cameroun peine à atteindre les 5% – le Fonds monétaire international (Fmi) prévoit un relèvement à 4% cette année, après 3,8% en 2017. L’on se fait à l’idée qu’il y a eu des vents contraires, notamment la crise sécuritaire dans l’Extrême-Nord, l’Est et aujourd’hui dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, laquelle a décuplé les dépenses de sécurité, et aussi la dégringolade des cours des matières premières. Mais, après 36 ans d’un pouvoir profondément travaillé par l’inertie, le népotisme et la corruption, l’espoir d’un changement de paradigme est-il permis afin de donner sens au Cameroun des « Grandes opportunités » pour lequel Paul Biya a sollicité un nouveau mandat du peuple ?

Corruption

Si l’on s’en tient à sa profession de foi en tant que candidat à sa propre succession, Paul Biya a toute la volonté du monde de faire du Cameroun un pays émergent en stimulant son développement économique et social, « afin de permettre à [ses] compatriotes de vivre dans un pays prospère et stable dont les générations actuelles et futures seront fières ». « Je m’engage à renforcer la lutte contre la corruption et le détournement des biens publics, ainsi que la moralisation des comportements ; je m’engage à poursuivre la transformation structurelle de notre économie ainsi que sa diversification et l’augmentation de sa productivité ; je m’engage à accélérer la réalisation des projets structurants de deuxième génération ; je m’engage à accélérer l’avènement de l’agriculture de deuxième génération par la facilitation de l’accès au crédit et le développement des chaînes de valeur agricoles ; je m’engage à protéger l’agriculture de subsistance ; je m’engage à développer l’exploitation rationnelle et durable des ressources de notre sol et sous-sol ; je m’engage à développer les industries de transformation locale de nos matières premières tout en respectant l’environnement ; je m’engage à promouvoir l’élevage et à assurer une organisation rationnelle de « l’économie bleue » à travers une meilleure maîtrise de la pêche et une exploitation appropriée des ressources halieutiques ; (…) », jure le chef de l’Etat.

Arsenal

Qui promet par ailleurs de poursuivre, en l’accélérant, le développement des infrastructures terrestres, ferroviaires, aériennes et fluviales dans une démarche de complémentarité. Il assure aussi qu’il améliorera l’incitation à l’investissement privé national et étranger, en même temps qu’il promet un soutien accru aux Pme et Pmi sous des formes variées et efficientes, etc. Au-delà des préoccupations d’ordre purement économique et social, qui devront d’abord et avant tout être marquées par la finalisation des projets d’infrastructures entamés au cours des sept dernières années et la mise en service de ceux achevés, l’un des défis majeurs du septennat qui s’ouvre est la préservation de l’unité nationale.


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La crise sociopolitique dans le Nord-Ouest et le Sud- Ouest remet sérieusement celle-ci en cause. Et tant que la paix ne sera pas de retour dans ces deux régions, le pays ne poursuivra que difficilement ses projets de développement. Dans le nord-est du Nigeria, la secte terroriste Boko Haram semble reprendre du poil de la bête. Elle multiplie les attaques sur des bases militaires, lesquelles lui permettent de renouveler son arsenal. Le Cameroun devra donc redoubler de vigilance à sa frontière avec le « grand voisin ».

Par Jean De Dieu Bidias

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