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Pourquoi le gouvernement reprend en main l’organisation du concours Miss Cameroun ?

Face aux polémiques récurrentes qui entachent le concours de Miss Cameroun, le gouvernement a fait connaître son intention de préempter l’organisation de cette « vitrine de la culture camerounaise ». Mais ses organisateurs n’entendent pas se laisser faire…

L’édition 2019 du concours national de beauté Miss Cameroun sera organisée par le ministère des Arts et de la Culture. Le service communication du ministre Narcisse Mouelle Kombi a en effet annoncé, jeudi 20 décembre, son intention de reprendre en main ce concept, « sur prescription de la haute hiérarchie », afin de « préserver l’image de cette vitrine de la culture camerounaise », longtemps émaillée de scandales et d’incidents.

Narcisse Mouelle Kombi, ministre Camerounais des Arts et de la Culture | Photo : Joelle Perette / Wikipedia Commons

« La question du retrait de l’organisation au Comica [Comité national Miss Cameroun] était en gestation depuis longtemps, mais le parrainage de la Première dame ne facilitait pas les choses. Maintenant, tout s’est débloqué », confie un cadre du ministère de la Culture.


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« Monde de requins »

Ingrid Amougou, la présidente du Comica. | Photo d’archives

Il faut dire qu’au fil des années, l’image de cette compétition censée valoriser les valeurs de la femme camerounaise s’est écornée, devenant un rendez-vous incontournable de la presse à scandales. Audrey Aboula, première dauphine de l’édition 2016, se souvient encore de sa participation à cette élection, qu’elle racontait en janvier dans un livre intitulé Une dauphine dans un monde de requins. Abus en tout genre et promesses non tenues constituent selon elle le quotidien des lauréates de cette compétition.

CE QU’ON VOUS PRÉSENTE LORSQUE VOUS VOUS LANCEZ DANS L’AVENTURE EST TRÈS LOIN DE CE QUE VOUS DÉCOUVREZ PAR LA SUITE

« Ce qu’on vous présente lorsque vous vous lancez dans l’aventure est très loin de ce que vous découvrez par la suite, explique-t-elle à Jeune Afrique : une organisation désastreuse au cours de laquelle les droits de la femme, qu’on est pourtant censé mettre en valeur, sont bafoués », ajoute-t-elle. « Demandez au Comica où est passée la voiture qui était promise à la gagnante ? Et je ne parle pas des autres lots. Quant au salaire imaginaire… », énumère une autre lauréate, sous couvert d’anonymat.

Lors de l’édition 2018, une candidate a porté plainte pour fraude contre le comité d’organisation. « Les faits se sont produits en direct à la télévision nationale. La candidate portant le numéro 20 a été appelée à monter sur scène pour la dernière étape du concours, mais elle ne s’est jamais présentée. Après la cérémonie, elle a affirmé avoir été bloquée dans les coulisses et remplacée par une autre candidate », raconte le journaliste culturel Serge Nkepseu.


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Concept protégé

Édition 2013 de Miss Monde, à laquelle participait la Miss Cameroun Denies Valerie Ayena (2e à gauche) | Photo : © Firdia Lisnawati/AP/SIPA

« Lors de chaque édition surviennent certaines difficultés que nous essayons de rattraper l’année suivante. Ce n’est pas facile d’organiser une compétition comme le concours Miss Cameroun sans avoir véritablement de sponsors ni de véritables moyens d’accompagnement de l’État », relativise Ingrid Amougou, la présidente du Comica, qui se targue d’avoir réussi à « envoyer des candidates à cinq éditions de Miss Monde ».

Mais il en faudra plus pour convaincre les autorités camerounaises, lesquelles ont annoncé qu’elles désavoueraient toute initiative relative à l’organisation de cette élection. « Notre concept est protégé à l’OAPI [Organisation africaine de la propriété intellectuelle]. Le ministère des Arts et de la Culture n’a aucune qualité pour se réapproprier un événement dont il n’est pas l’initiateur. (…) Je vais saisir mon avocat pour voir ce qu’il y a lieu de faire », se défend Ingrid Amougou, qui affirme par ailleurs que la date de l’édition 2019 [non communiquée à ce jour] est maintenue.

« Le ministère des Arts et de la Culture a toujours soutenu le Comica, malgré les scandales », affirme Audrey Aboula, peu convaincue par le communiqué ministériel. « Il faudra attendre de voir quelles réformes seront concrètement apportées », estime la jeune femme, qui s’est reconvertie dans la formation des jeunes voulant se lancer dans les métiers de la mode. « Pour moi, ce concours doit être organisé par des organisations privées », ajoute-t-elle.

Par Franck Foute - à Yaoundé

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