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Analyse du discours présidentiel du 31 décembre 2018 : Paul Biya fédérateur, conciliateur, constant et consistant

De mémoire d’analyste politique, je dois le reconnaitre a priori, rares sont les messages présidentiels qui étaient aussi attendus par tous les Camerounais et par la communauté internationale que celui prononcé par le président Paul Biya le 31 décembre 2018.

Pourquoi ce discours retenait-il autant d’attentions de la part des Camerounais de l’intérieur et ceux de la diaspora ? La réponse se trouve dans le contexte sociopolitique et économique manichéens que traverse le pays ces trois dernières années, depuis le déclenchement de la crise anglophone. Autre contexte, le message de la Saint-Sylvestre est le second confectionné par le président de la République Paul Biya, au lendemain de sa prestation de serment le 6 novembre 2018. Bien plus, ce discours à la fois bilan et prospectif était très attendu parce que survenant après le retrait de l’organisation de la CAN 2019 au Cameroun par la CAF (Confédération africaine de football). Les Camerounais et les partenaires du Cameroun attendaient la position du président nouvellement élu à qui la Nation a accordé ses suffrages universels pour un septième mandat à la tête du Cameroun. Dès lors, tous les regards étaient tournés vers Etoudi…


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Cohérents et constants, Paul Biya a fait bonne impression par sa belle prestation. Dans son énième discours de fin d’année à la Nation, le président de la République s’est montré pratique et réaliste en s’attaquant sans fioriture aux maux qu’affronte son pays, le Cameroun, et qui freinent la course vers son émergence. Aussi, Paul Biya a-t-il pris sur lui de créer une osmose métonymique entre le contexte et son texte. Il s’est vite préoccupé de définir ce qu’il entend par « émergence ». L’item « émergence » tel que perçu dans sa sémantique connotative par le président Paul Biya, navigue bien au-delà de la simple résilience. « De façon générale, le terme s’applique à un changement de situation dans le sens d’une amélioration. Dans son acception courante, il signifie le passage de l’état de sous-développement à celui de pays développé. C’est bien ainsi que nous l’entendons et c’est pourquoi j’ai demandé qu’il soit érigé en « cause nationale ». Autrement dit, le défi qui urge consiste à stabiliser la sécurité au pays, relancer la croissance économique, avant « de donner à notre démocratie, la dimension sociale qui doit être sienne ». C’est en cela, explique le pédagogue Biya, que « Le septennat qui vient de commencer devrait être décisif pour notre pays. Il pourrait même être l’un des moments les plus importants de notre histoire depuis notre indépendance. »


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En lançant un coup d’œil dans le rétroviseur de l’histoire, le Cameroun de Paul Biya a fait des miracles, un bon taux de croissances, des réformes diversifiant son économie, une belle envolée démocratique, amis comme aucune ouvre humaine n’est parfaite, il y eu des écueils. Il s’agit surtout des difficultés imprévues ont compliqué les enjambées économiques du Cameroun : la forte détérioration des échanges, une longue crise économique et financière mondiale, la chute drastique des cours du pétrole et des matières premières, sans négliger de faire référence aux guerres asymétriques qui se sont imposés au pays comme des entraves à son développement… Et pourtant le Cameroun a fait face à cette adversité endogène en élaborant une stratégie de développement articulée en trois temps : les grandes ambitions, les grandes réalisations et les grandes opportunités. L’insécurité, a-t-il reconnu avec insistance est le caillou dans la chaussure du Renouveau national.  C’est pour cela que la situation de crise qui prévaut dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui retiendra l’essentiel de l’attention du discours de Paul Biya. « J’ai dit et je le confirme que j’éprouve la plus grande sollicitude envers les populations de ces deux régions, dit-il. Je suis très sensible à leurs inquiétudes concernant leur sécurité et à leurs aspirations touchant le retour au calme et à une vie sociale normale. Si l’appel à déposer les armes que j’ai lancé aux entrepreneurs de guerre reste sans réponse, les forces de défense et de sécurité recevront instruction de les neutraliser. Je suis bien conscient en effet de la désolation que ces insurgés infligent aux populations de ces régions. Cette situation ne peut plus durer. »

« Le Comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration : une porte de sortie honorable aux ex-combattants »

Dans un ton paternaliste et quasi martial, Paul Biya s’est montré conciliateur et incisif contre les entrepreneurs de la guerre. De sa bouche, on a appris que le dialogue va s’intensifier pour restaurer la paix sur l’ensemble du territoire. Forte à propos, la principale solution se trouve dans l’accélération de la décentralisation, Paul Biya l’a dit, « des mesures seront prises dans les meilleurs délais possibles pour accorder aux collectivités territoriales de notre pays les compétences qui leur permettront de prendre une plus large part dans la gestion des affaires locales… »


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Last and not the least, et bien que très attendu, le sujet de la CAN 2019 a été abordé avec mesure et circonspection, à sa façon, façon-Biya. Un glissement de date de la CAF qui cache un glissement sémantique qui établira les responsabilités dans le camp camerounais. Pour qui connait Paul Biya, tout est dit dans l’opacité de son silence sentencieux. Que chacun en prenne acte. Le Président Biya ne parle pas comme un enfant, il sait ce qu’il dit, sait ce qu’il fait, sait où il va. Toutefois, le leader a besoin de la solidité et de la solidarité de son peuple. « En ces temps difficiles, croyez-moi, je consacre toute ma force et toute mon expérience au service de la paix, de l’unité et du progrès de notre cher et beau pays. » La balle est au centre, le défi étant « de rester mobilisés afin qu’à terme, la modernisation de nos infrastructures routières, ferroviaires, hospitalières et sportives liées à ce grand événement, se concrétisent : notre pays le mérite bien. »

Beau discours en somme : costaud, constant et consistant.

Par Abdoulaye Barao, analyste politique

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