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Crise anglophone : Comprendre l’armistice et le durcissement du ton de Paul Biya

Proposer une sortie de crise honorable aux combattants des mouvements séparatistes et terroristes qui sévissent au Cameroun ne saurait être interprété comme un aveu de faiblesse de la part du président Paul Biya, mais plutôt comme une offre supplétive de solutions à l’amiable pour sortir d’une longue rixe qui n’a que trop duré.

Le 31 décembre 2018, le chef de l’Etat a franchi l’ultime palier de la tolérance et de la grâce présidentielle que lui offrent ses prérogatives pour espérer restituer et réinstaurer la paix dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. L’humaniste et le républicain qu’il est, est dans son bon droit, mais doit-on en demander beaucoup plus au président Paul Biya ? Demander au président de la République d’en faire plus est simplement avilissant, au risque de prosterner l’Etat de droit sous le joug de celui de non-droit. Et c’est ce que Paul Biya évite de faire…


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Dans son discours de fin d’année le 31 décembre, Paul Biya est revenu sur la crise séparatiste qui secoue le Cameroun depuis deux ans, et lui a d’ailleurs consacré l’essentiel de son message de réconciliation nationale. Il a parlé de retour à la paix, il a appelé à l’apaisement, au calme, à la tolérance. Il a fait mieux que cela, Paul Biya a proposé des solutions supplémentaires pour une sortie de crise honorable qui gommerait le recours aux rancœurs et à des éventuelle persécutions aux allures de chasses aux sorcières. Prenant le monde entier à témoin, et l’histoire lui en sait gré de bonne foi, le chef de l’État a évoqué, en les énumérant, les multiples mains tendues du Gouvernement aux sécessionnistes. Plusieurs fois, il s’est fait violence pour éviter la violence. Plus d’une fois il s’est fait tout petit « pour éviter le recours à des mesures extrêmes ». Ces mesures qui sont en fait des solutions de sortie de crise, nous dévons l’avouer, voguent bien au-delà de l’inacceptable. Paul Biya n’a fait que cela, plier aux milles exigences des séparatistes, tout en tentant d’instaurer un dialogue de sourds où, souvent, l’Etat a perdu sa froideur d’ogre. Devrait-on demander davantage de flexibilités à un président élu et à un Gouvernement aussi légal que légitime, en face duquel se dresse une bande d’anarchistes les invitant au chantage, en instaurant le kidnapping récurrent des élèves, des lycéens et des autorités contre paiements de rançons et en légitimant l’illégalité et en imposant un Etat de non-droit dans un Cameroun indépendant, uni et souverain ?


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En président régalien, Paul Biya a déjà beaucoup fait pour un retour à la paix. Il a encore réitéré la voie du désarmement et de la réinsertion des ex-combattants dans la société, au nom de sa tolérance et du patriotisme. Cette solution honorable et bénéfique pour tous, apparait comme la main tendue de la dernière chance aux combattants des causes perdues, sans exclure l’intensification de l’option militaire. Une fois de plus, le chef des Armées est dans son bon rôle martial : « Si l’appel à déposer les armes que j’ai lancé aux entrepreneurs de guerre reste sans réponse, les forces de défense et de sécurité recevront instruction de les neutraliser », a martelé le président Paul Biya, à l’occasion de son discours de fin d’année.

Pour une sortie de crise…

Le 31 décembre 2018, on a vu un Paul Biya conciliant et militaire. Un président négociateur et chef de guerre. À raison, le Président Paul Biya manie la carotte et le bâton face aux séparatistes qui continuent de plonger une partie du pays dans un climat d’insécurité à perpétuité, sans compter les freins de cette longue crise linguistique sur l’économie nationale. Paul Biya vient encore de tendre la main aux combattants, mais cette fois sous la forme d’un ultimatum, tant la paix ne se marchande pas. Et s’il brandit la menace d’intensifier les opérations militaires, il est aussi revenu sur les multiples gestes d’apaisement qu’il a multiplié en direction des séparatistes. Entre autres initiatives d’armistice, le président Paul Biya a cité la création, le 30 novembre 2018 d’un Comité de désarmement et de réintégration dont l’antériorité est marquée, deux années plus tôt, par la mise sur pieds d’une Commission de promotion du bilinguisme et du multiculturalisme. Que demander de plus au président de la République ? Paul Biya l’a dit, « Je suis bien conscient, de la désolation que ces insurgés infligent aux populations de ces régions… »


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Mue par un souci de paix absolue, et dans un esprit de concorde nationale, Paul Biya a fait des sacrifices incommensurables.  Le 13 décembre 2018, le président Paul Biya est encore allé plus loin en décidant de gracier 289 acteurs et activistes arrêtés dans le cadre de crise dite « anglophone » ; un élargissement qui s’est accompagné des mesures exceptionnelles, comme l’arrêt des poursuites contre les contrevenants repentis. Ce n’est pas tout. Paul Biya continue de croire au retour définitif de la paix sur l’ensemble du territoire national. Il l’a réaffirmé : « par ailleurs, j’entends poursuivre le dialogue engagé avec les personnes de bonne volonté pour un retour définitif à la paix. » Que demander de plus à un chef d’Etat humble et humaniste qui s’est autant rabaissé en mettant son égo en berne ?

Par Carine Ossemeyong à Yaoundé

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